Compte-rendu

“Redynamiser l’Organisation Mondiale du Commerce”

            Le 16 octobre 2020, à l’invitation de l’Association Française pour les Nations Unies (AFNU), les étudiants de plusieurs associations Model UN partenaires de l'AFNU (Sorbonne pour les Nations Unies, ESPOMUN, Lyon MUN, MUN-Isegoria d’Audencia BS, Stras'Diplomacy, etc.) ont assisté à une conférence en ligne organisée par l'Atlantic Council sur le thème: "Redynamiser l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC)". Quatre panalistes sont intervenus à l'occasion de ce webinaire :
 

  • Ignacio GARCIA BERCERO, Directeur à la Direction générale du commerce de la Commission européenne.

  • Soumaya KEYNES, Rédactrice en chef de la rubrique “Trade and Globalization” de The Economist.

  • Mark LINSCOTT, Conseiller senior au sein de The Asia Group, Nonresident Senior Fellow de l'Atlantic Council

  • Clete WILLEMS, Associé chez Akin Gump LLP, Nonresident Senior Fellow de l'Atlantic Council

  • Le webinaire était modéré par Julia FRIEDLANDER, C. Boyden Gray Senior Fellow et Directrice-adjointe de l’économie et des affaires mondiales à l'Atlantic Council

 

L'AFNU est heureuse de vous livrer une synthèse de ce webinaire rédigée à partir des comptes-rendus de:

 

  • Racha CHERRAT, Secrétaire Générale du Lyon MUN et Ivana GARCIA, responsable pôle presse du Lyon MUN

  • Juliette BESACIER, Secrétaire Générale d’ESPOMUN

  • Jessee AUROKIUM, Responsable MUN-Isegoria d’Audencia Business School et Nathan DE MONTESSON, membre MUN-Isegoria d’Audencia Business School 

  • Noémie JUNKER, membre actif de Sorbonne pour les Nations Unies (SONU) et Léa STEVENS, responsable communication du Pôle Professionnalisation de Sorbonne pour les Nations Unies (SONU)

  • Ambre KIRSCHNER et Théo DA SILVA, responsables de la semaine de la diplomatie de Stras'Diplomacy (Sciences Po Strasbourg)

 

           

 

         Pour Clete WILLEMS, l’OMC doit se concentrer sur trois objectifs pour re-devenir un organe dynamique et puissant. Il faut d’abord être plus ambitieux, tout en restant réaliste. Cela suppose de débattre de problèmes cruciaux dans le monde économique, tout en ayant à l’esprit que les négociations sino-américaines pourraient ne pas aboutir, ce qui doit être, par ailleurs, relativisé. Ensuite, il faut réformer l’OMC pour que l’organisation soit plus inclusive et puisse permettre d’atteindre des consensus, sur la création de traités par exemple. Enfin, il faut renforcer la coopération entre l’Europe et les États-Unis, qui partagent un héritage commun, et qui doivent trouver des solutions aux différends complexes qui les opposent depuis trop longtemps, comme la querelle sur Airbus et Boeing.

 

            Pour Mark LINSCOTT, l’argumentation de Clete WILLEMS est pertinente car elle prend bien en compte les trois piliers de l’OMC, à savoir les négociations commerciales, la mise en œuvre et le suivi des accords et le règlement des différends. Toutefois, de nombreux dossiers semblent inextricables, notamment les questions de la digitalisation des échanges avec le e-commerce, par exemple. Un autre problème concerne les sanctions économiques. De fait, la stratégie punitive mise en place par les États-Unis est contre-productive car elles peuvent être discriminantes et devenir politique en participant du jeu des grandes puissances. Une stratégie de name and shame serait peut-être plus efficace.

 

            Selon Soumaya KEYNES, la stratégie argumentative de Clete WILLEMS est biaisée, du fait de sa nationalité américaine. Si sa volonté de relier l’Union Européenne et les États-Unis est admirable, cela ne règlera pas tous les problèmes, car, dans un monde multipolaire, les États-Unis ne parviennent plus à offrir des contreparties convenant à tous les pays. Leur soft power est en diminution, et ils ne parviennent plus à placer dans leur giron de grandes puissances concurrentes, au premier rang desquelles la Chine. Par ailleurs, il y a une difficulté supplémentaire avec l’ambiguïté collective, c’est-à-dire que chaque État placera toujours ses propres intérêts au-dessus des intérêts collectifs. Il faut donc mettre en place de grandes négociations incluant tout le monde, et pas seulement les États-Unis et l’Europe. Par ailleurs, la vision libérale de l’économie portée par Clete WILLEMS dans son article n’est pas partagée par tous les pays. De fait, la question de la standardisation des normes de travail ou bien celle des barrières douanières sont vues par certains pays, notamment les pays en développement, comme un assaut à leur souveraineté. Il faut donc prendre en compte ces réticences dans les négociations multilatérales. Il faut négocier petit-à-petit, en partant d’accord locaux, puis régionaux avant d’arriver à des solutions plus globales.

 

            Ignacio GARCIA BERCERO, quant à lui, converge vers l’importance d’une entente entre les Etats-Unis et l’Union Européenne pour faire avancer la réforme de l’OMC. Toutefois, il faut être pragmatique et bien définir les enjeux principaux : la restauration de la crédibilité de l’OMC ; la gestion de la pandémie ; la réforme de l’organe de règlement des différends ; la question de la Chine. Le problème d’efficacité de l’organe de règlement des différends doit absolument être réglé pour pouvoir se concentrer sur les autres problèmes qu’il faut régler progressivement, un à un.

 

            Le moment semble propice pour réformer l’OMC. D’une part, les élections américaines auront nécessairement une influence sur l’agence internationale. Si Donald Trump menace le système international, et pourrait saper l’OMC, une victoire de Joe Biden pourrait changer la donne. Par ailleurs, la direction générale de l’OMC doit être renouvelé, et il convient d’élire une Directrice capable de renforcer l’organisation.

 

Ouverture des questions avec le public

Plusieurs questions ont été posées par les auditeurs:

  • Quelles sont les solutions possibles afin de régler le problème de la Chine ?

Les difficiles négociations avec la Chine paralysent l’OMC. Ce problème semble assez insoluble et il n’existe sans doute pas de solution miracle. Il faut d’abord opérer un rééquilibrage : la Chine ne peut prétendre aux aides qu’elle reçoit aujourd’hui, car elle n’en a plus besoin, contrairement aux pays en développement. Par ailleurs, pour contraindre la Chine à appliquer les règles de l’OMC, il faut la mettre face à une grande coalition multilatérale. Si la Chine choisit tout de même de rejeter l’OMC, alors il sera important de continuer les négociations sans elle. Il faut aussi renforcer l’OMC sur les autres sujets pour que la Chine n’ait d’autres choix que d’accepter les réglementations de l’OMC.
 

  • Comment mener des réformes structurelles au sein de l’organisation ?

Comment contraindre des pays qui ne veulent pas changer à changer ? Il faut rendre le changement nécessaire, en renforçant l’OMC. Pour cela, il faut rappeler l’importance de l’OMC, notamment en montrant que tout le monde perdrait si l’agence venait à devenir obsolète. Il faut enfin repenser les modèles de fonctionnement pour sortir de la logique de compromis et de rapports de force.

 

  • Est-ce que l’OMC doit continuer à exister ?

Si l’OMC n’est pas un système parfait, elle est toutefois nécessaire, notamment pour traiter des questions globales qui ne connaissent pas les frontières étatiques. Les conséquences de l’effondrement potentiel de l’OMC seraient encore plus dramatiques que la crise de 2008, et les pays en développement seraient très affectés. Il convient, donc, de défendre coûte-que-coûte l’organisation.

 

  • Comment réorganiser le Secrétariat Général de l’OMC ?

Une nouvelle Directrice Générale sera bientôt nommée. Il faudra conduire des réformes importantes, notamment pour fluidifier la résolution des conflits et pour augmenter l’efficacité de l’organe de règlement des différends. En outre, il faut que les États-Unis réintègrent pleinement l’organisation. Il faut, enfin, trouver des solutions pour accélérer les décisions et éviter qu’elles ne s’enlisent éternellement.

  • Comment traiter la question environnementale au sein de l’OMC ?

Ces dernières années ont été rythmées par la lutte contre le réchauffement climatique et la promotion d’un développement durable alliant économie, environnement et société. L’OMC doit avoir un agenda ambitieux en matière environnementale et mettre en place des dispositifs globaux pour un commerce vert. Le commerce est une source trop importante d’émissions de gaz à effet de serre, et il convient de faire coïncider les régulations de l’OMC avec les objectifs environnementaux du XXIe siècle. Plusieurs pays membres de l’OMC se demandent à ce sujet s’il est logique d’exporter vers des pays qui dérogent à l’ambition de faire un commerce et des échanges en tenant compte des normes environnementales. Néanmoins, les pays en développement, tels que les BRICS,  déplorent l’hypocrisie des pays développés à vouloir agir en faveur de l’environnement, alors que ce sont eux les responsables historiques de l’âge anthropocène. Le but des pays occidentaux serait alors juste de se maintenir au sommet en ralentissant la croissance des autres sous couvert d’écologie. Il reste donc à trouver impérativement un accord commun sur une problématique globale afin de s’attaquer à ce fléau mondial.

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