Soudan du Sud, la plus grande crise de déplacements en Afrique

Conférence du 5 Juin 2018 à l’IFRI

 

            Organisée par l’Institut Français de Relations Internationales (IFRI), en partenariat avec le bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR) à Paris, une conférence avait lieu ce mardi 5 juin 2018 avec Arnauld Akodjenou, Coordinateur Régional et Conseiller spécial du HCR pour la situation au Soudan du Sud, par ailleurs ancien Représentant spécial adjoint du Secrétaire Général de la Mission des Nations Unies pour la Stabilité au Mali (MINUSMA). Cette conférence, modérée par Matthieu Tardis, chercheur à l’IFRI, et tenue en présence notamment de Ralf Gruenert, représentant du HCR en France, et de Céline Schmitt, porte-parole du HCR en France, a permis de présenter l’action du HCR dans la région concernée, tout en rappelant précisément l’intérêt d’une réponse concertée à la crise des réfugiés au Soudan du Sud.

            La situation des réfugiés du Soudan du Sud est aujourd’hui celle qui revêt la plus grande envergure en Afrique. A l’heure actuelle, seule la crise Syrienne dénombre un  nombre plus important de réfugiés. Il s’agit d’une crise invisible. Indépendant depuis 2011 ce pays est en proie à une guerre civile depuis 3 ans qui a eu pour conséquence plus de 2 millions de déplacés internes et plus de 2,5 millions de réfugiés, avec 6 millions de personnes en insécurité alimentaire. Mais une telle situation peut justement être considérée comme invisible dans la mesure où la communauté internationale connaît mal le pays, le conflit qui y sévit et les conséquences humanitaires.

            Selon Arnauld Akodjenou, coordinateur régional et conseiller spécial du HCR au Soudan du Sud, le rôle du HCR est de donner une cohérence à la réponse apportée par le Haut-Commissariat dans la région ainsi que dans les pays qui l’environnent et qui sont également les premiers à accueillir les populations réfugiées concernées : Soudan, Ouganda, Ethiopie, Kenya, RDC et Centrafrique. La réalisation de différents plans et programmes, ainsi que des donations publiques et privées supplémentaires permettraient de contribuer à cette cohérence.

            La situation au Sud Soudan est en effet compliquée par son invisibilité ainsi que par la difficulté à embrasser l’ensemble des problèmes. Les camps de réfugiés accueillis par les six pays frontaliers accueillent un nombre important de réfugiés : ils sont plus d’un million en Ouganda, 800 000 au Soudan, 450 000 en Ethiopie. Ces populations sont constituées à 85% de femmes et d’enfants et 63% ont moins de 18 ans. La plupart n’ont pas connu l’école depuis des années. La question de l’avenir de ce jeune pays se pose.

            L’Institut d’autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) a mis fin au conflit en 2015 lors de l’appel aux partis de constituer un gouvernement de transition. Cependant le conflit a repris en 2016 et a jeté sur les chemins de l’exil 2,5 millions de personnes. Monsieur Akodjenou souligne que ce nombre atteindra 3,1 millions d’ici fin 2018 si ce conflit perdure. Le Sud Soudan représente une des régions prioritaires de l’ONU pour le développement dans laquelle plusieurs sont à améliorer de manière urgente, selon une collaboration inter-agences accrue : l’alimentation, le logement, l’eau, l’assainissement, la santé.

            Cette conférence a permis de mieux comprendre que la solution ne peut pas être qu’humanitaire, mais également et surtout politique. En plus des deux partis principaux d’opposition, environ soixante milices souhaitent leur part. Le Conseil de sécurité de l’ONU a donné un mois aux acteurs sur le terrain pour mettre fin au conflit, sans quoi il proposera d’appliquer des sanctions. Toutefois, il conviendrait d’abord que la même lecture de la situation au Sud Soudan soit faite par l’ensemble des pays. Le HCR est une organisation apolitique dont le rôle est, sur les enjeux de migrations, de pousser les acteurs vers des solutions. L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés a par exemple participé à l’inclusion de  la parole des réfugiés dans les discussions politiques afin que leurs voix soient entendues. Des coopérations avec d’autres agences de l’ONU ont également lieu (UNESCO, PAM, etc.). L’enjeu fondamental, outre la fin de la guerre civile, reste également budgétaire, concernant les dotations des Etats et les donations privées pour pallier la catastrophe humanitaire et humaine concernée.

 

Synthèse rédigée par Jérémy Mercier (Bureau AFNU) et Louise Haden (Assistante AFNU)

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