Soutenir l'Appel des Envoyés spéciaux du Secrétaire général de l'ONU au Moyen-Orient

Un site accueillant des déplacés à Khamer, dans le gouvernorat d'Amran, au Yémen. Photo OCHA/Philippe Kropf

       "Se concentrer sur le vrai combat de nos vies". Les cinq Envoyés spéciaux du Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies (ONU) au Moyen-Orient, respectivement Geir O. Pedersen (Syrie, OSES), Jan Kubis (Liban, UNSCOL), Jeanine Hennis-Plasschaert (Irak, UNAMI), Martin Griffiths (Yemen, OSESGY) et Nickolay Mladenov (Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient, Représentant personnel du Secrétaire général auprès de l’Organisation de libération de la Palestine et de l’Autorité palestinienne, UNSCO), viennent d'appeler les pays de cette région minée par les conflits depuis des décennies à réaliser sans attendre un cessez-le-feu immédiat demandé par le Secrétaire général de l'ONU depuis le 23 mars. Leur appel est disponible en langues anglaise et arabe[1].

        Cet appel exhorte les parties au conflit à une coopération locale et régionale pour enrayer la propagation du Covid-19 dans la région et précise que seul un arrêt des conflits armés et un cessez-le-feu immédiat pourra en faciliter la mise en oeuvre. Il souligne l'urgence fondamentale de la désescalade et de tous moyens permettant de faciliter l'accès humanitaire et la mise en place d'installations médicales, en particulier aussi en protégeant les personnes les plus vulnérables, déplacées, réfugiés, enfants et communautés ou groupes persécutés, quels qu'ils soient, d'Idlib à Gaza. Il demande, enfin, qu'une attention particulière soit accordée aux personnes détenues dans la région ainsi qu'une vigilance accrue concernant les personnes victimes d'enlèvements ou de disparitions forcées.

      La Mission des Nations Unies en Libye (MANUL) a également, bien sûr, renouvelé elle aussi ce puissant appel au cessez-le-feu et à la cessation immédiate des hostilités alors même que l’offensive militaire du général Haftar contre Tripoli a débuté il y a tout juste un an.

       Face à des premiers cas de contaminations au Covid-19 recensés dans les différents pays concernés (Syrie, Liban, Irak, Yemen, Palestine), ainsi qu'en Libye, faisant dire au chef du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (UNOCHA), Mark Lowcock, qu'il ne s'agit que du sommet de l'iceberg dans une région où plusieurs dizaines de millions de personnes ont besoin d'assistance humanitaire, plusieurs autorités en place et/ou parties belligérantes ont souhaité entendre cet appel et mettre progressivement en oeuvre des mesures préventives (propositions d'accords de cessez-le-feu national au Yemen annoncé par l'Arabie saoudite, nouveau gouvernement en Irak mené par Mustafa Al-Kadhimi, arrêt relatif des bombardements aériens et des opérations militaires terrestres à Idblib en Syrie, etc.).

     

     Toutefois, les pressions et combats ne cessent de continuer. Pire, certaines sources confidentielles ont révélé que des efforts étaient menés par certains Etats pour rompre toute tentative de cessez-le-feu national, ainsi par exemple des informations livrées par le Middle East Eye (MEE) selon lesquelles le Prince héritier d'Abou Dhabi, Mohammed bin Zayed, aurait versé ces dernières semaines plusieurs milliards de dollars au régime de Bachar al-Assad pour relancer l'offensive dans la province d'Idlib et rompre le cessez-le-feu dans le nord-ouest du pays, pourtant activé souhaité par l'ONU[2]. De même, l'International Crisis Group (ICG) a alerté sur le fait que les efforts visant à garantir un cessez-le-feu dans la région et en particulier en Libye ne mobiliseraient plus, semble-t-il, l'attention au plus haut niveau[3]. Cet Appel sera-t-il pourtant entendu ?

      En incitant à ce que les armes au Moyen-Orient soient une nouvelle fois réduites au silence tout en exhortant chaque autorité et partie à travailler avec l'ONU pour répondre aux nouveaux défis qui se posent aujourd'hui, comme le fait et l'a toujours fait la diplomatie de la France tant au Conseil de sécurité que par son implication dans le système des Nations Unies, l'appel commun des Envoyés spéciaux du Secrétaire général de l'ONU au Moyen-Orient vient alerter sur une coordination humanitaire et sanitaire aussi indispensable qu'urgente nécessitant un cessez-le-feu immédiat et un large travail inter-agences, inter-fonds et programmes sur place pour éviter un embrasement (OMS, UNICEF, HCR, UNRWA, UNFPA, PAM, PNUD, UNESCO, etc.). Cet Appel doit être largement soutenu.

 

 

Jérémy Mercier, Secrétaire général adjoint et Trésorier de l'Association française pour les Nations Unies (AFNU).

----

 

[1]Joint Appeal by the UN Secretary-General’s Envoys to the Middle East: https://unsco.unmissions.org/sites/default/files/joint_appeal_by_middle_east_envoys_-_11_april_2020_2.pdf; https://osesgy.unmissions.org/joint-appeal-un-secretary-general%E2%80%99s-envoys-middle-east; https://www.unodc.org/middleeastandnorthafrica/en/web-stories/covid-19_-joint-appeal-by-the-un-secretary-generals-envoys-to-the-middle-east.html; https://sanaa.sites.unicnetwork.org/

[2] https://www.middleeasteye.net/news/abu-dhabi-crown-prince-mbz-assad-break-idlib-turkey-ceasefire

[3] https://www.crisisgroup.org/global/global-ceasefire-call-deserves-un-security-councils-full-support

© AFNU: ASSOCIATION FRANCAISE POUR LES NATIONS UNIES